Immigration : Malaise et surenchère
LE MONDE | 20.03.07 | 11h08 • Mis à jour le 20.03.07 | 11h08
Le thème de l'immigration a soudainement fait irruption dans la campagne. Début mars, le sujet était encore étrangement absent, alors qu'il avait largement occupé le débat politique en 2006, avec la question de la régularisation des familles sans papiers d'enfants scolarisés et l'adoption par le Parlement, le 24 juillet 2006, d'une nouvelle loi proposant une politique d'"immigration choisie".
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"Nous avons un coup d'avance sur nos adversaires avec l'immigration choisie. Notre philosophie est claire, les Français savent où nous voulons aller. Pour qu'il y ait un débat, il faut que la gauche clarifie sa position", estimait-on alors dans l'entourage du candidat de l'UMP. C'est pourtant Nicolas Sarkozy qui a lui-même fait ressurgir le sujet en proposant, le 8 mars, la création d'un "ministère de l'immigration et de l'identité nationale".
Ce n'est pas la première fois que le ministre de l'intérieur évoque cette idée. Déjà, le 12 décembre 2006, il avait fait part de son souhait de nommer, s'il accédait à l'Elysée, "un ministre chargé de l'immigration qui sera à la tête de toutes les administrations responsables de ce dossier". Désormais, il pose à côté du mot "immigration", le terme d'"identité nationale".
Face à Jean-Marie Le Pen et à son discours récurrent sur les immigrés, cause principale de tous les problèmes, M. Sarkozy a souhaité reprendre la main. Mais force est de constater qu'ainsi posé le débat élude les questions de fond et empêche une véritable clarification du positionnement des différents candidats sur la gestion des flux migratoires.
Le candidat de l'UMP se repose sur l'acquis de la loi du 24 juillet 2006 et se contente d'afficher sa volonté de durcir encore les conditions du regroupement familial. Les propositions alternatives à l'"immigration choisie" de Nicolas Sarkozy ne sont, quant à elles, que timidement exposées. Pourtant, si dans l'opinion le clivage droite-gauche sur l'immigration tend, depuis quelques années, à s'atténuer, la lecture des programmes traduit des approches différentes.
Tandis que Dominique Voynet (Verts) et Marie-George Buffet (PCF) proposent une régularisation de tous les sans-papiers, Ségolène Royal se prononce contre une régularisation globale, comme son concurrent de l'UMP. Mais à la régularisation sur décision discrétionnaire des préfets défendue par M. Sarkozy, la candidate socialiste oppose "une régularisation sur critères" (linguistiques, durée de présence sur le territoire, promesse d'embauche, scolarisation des enfants…) et promet le réexamen individuel des dossiers des étrangers ni régularisables ni expulsables.
Comme Mme Voynet, la candidate du PS insiste sur la reconnaissance de l'apport de l'immigration au dynamisme démographique et au développement économique. Aussi, pour créer une dynamique de développement dans les pays du Sud – seul argument pouvant, selon Mme Royal, convaincre un candidat à l'émigration de rester au pays –, "il ne faut pas, soutient-elle, multiplier des règles qui seront d'ailleurs aussitôt contournées, mais faciliter les migrations de travail en permettant les allers-retours avec un même visa". Cette idée de rendre plus fluide la circulation des personnes est également portée par Dominique Voynet. Pour ces deux candidates de la gauche, une telle politique va de pair avec un accroissement réel de l'aide européenne au développement en Afrique.
Le codéveloppement est présent dans tous les programmes des partis. Mais, là encore, les approches diffèrent. Si les candidates socialiste et écologiste plaident pour le développement d'accords de partenariat, "d'échanges et de croissance", le candidat de l'UMP insiste sur la nécessité de lier aide au développement et maîtrise des flux migratoires. Par ailleurs, il conçoit pour l'essentiel le codéveloppement à travers la mobilisation de l'épargne des migrants.
François Bayrou, pour sa part, fait du développement des pays pauvres le cœur de sa politique d'immigration. Pour le candidat de l'UDF, "c'est la seule politique responsable qui vaille". Mais, au-delà desgrands principes, il fournit peu d'arguments pour convaincre de sa nouvelle approche.
En fait, ni le candidat centriste ni la gauche n'osent aborder ouvertement le thème de l'immigration. "Parler d'immigration, c'est faire le jeu de Le Pen. Nous ne voulons pas nous laisser entraîner dans les exagérations qu'entraîne une campagne. Lorsque vous avez un agité qui fait fantasmer les gens, il n'est plus possible de poser le débat sereinement. Le Pen rend inéluctable un débat irréfléchi", estime Jean-Christophe Lagarde, député (UDF) de Seine-Saint-Denis et porte-parole du candidat centriste.
Ce même état d'esprit prévaut au sein du PS, se désole l'universitaire Sami Naïr. Ce proche de Jean-Pierre Chevènement qui fut, entre 1998 et 1999, délégué interministériel au codéveloppement et aux migrations internationales alimente en notes la candidate socialiste pour l'inciter à poser, dès à présent, les jalons "d'un grand débat vérité" sur la question.
Laetitia Van Eeckhout
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