Paris Maghreb Infos (un service de PlaNet DZ - www.planet-dz.com) lance le débat sur la présidentielle 2007.
L'objectif que nous poursuivons est de présenter et de clarifier les propositions des candidats en relation avec les préoccupations des franco-maghrébins : politique de la ville, lutte contre les discriminations, immigration, coopération avec le Maghreb, politiques de visas, paix au Moyen-Orient, identité nationale, ...

Nous souhaitons vous permettre de mieux apprécier les positions des candidats sur des questions qui nous paraissent essentielles et dont nous tiendrons compte pour nous déterminer.
Pour cela, nous accueillons toutes les informations, articles, réactions, commentaires, prises de positions sur les positionnements des candidats liés à nos préoccupations

 

Paris Maghreb Infos ne prendra bien sûr position en faveur d'aucun candidat. Nous veillerons cependant à présenter les positions des principaux candidats sur les thèmes que nous jugeons importants, quitte à les interpeller dans les prochains jours si leurs orientations ne sont pas clairement exposées.

Nous publierons dans 30 jours un tableau récapitulatif qui synthétisera les positions des principaux candidats sur les thèmes jugés prioritaires par les franco-maghrébins.

A VOS CLAVIERS

LE DEBAT EST OUVERT!
L'équipe de paris Maghreb Infos 

 

Dimanche 1 avril 2007
 

 

Identité nationale : oui, mais…
Eclairage de François Durpaire, historien et président de l’Institut des Diasporas Noires Francophones
Dossier France : élection présidentielle 2007

http://www.afrik.com/article11459.html

samedi 31 mars 2007

Le 8 mars 2007, Nicolas Sarkozy proposait la création d’un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale ». L’important, ce ne sont pas les mots, mais bien le contexte qui les entoure. Le fait de créer de l’identité, c’est-à-dire de vouloir former du même, est en soi loin d’être condamnable. Il faut cependant se départir des dérives de l’identité exclusive : est-on Français à l’exclusion de toute autre appartenance ?

 

Il y a bien injonction d’allégeance exclusive à l’égard de la France  : Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement et maire de Meaux, regrettait que l’un de ses administrés lui ait demandé un espace sur les papiers administratifs pour préciser qu’il était aussi marocain... Si les Etats-Unis, premier pays d’immigration au monde, n’ont pas besoin d’un ministère de l’identité américaine pour que les Américains se sentent Américains, c’est que la diversité de la population y est clairement assumée. Quant au Canada, il associe l’immigration à la citoyenneté. Le ministère canadien, à l’échelle fédérale, a pour nom « Citizenship and Immigration ». L’Ontario s’est doté d’un « ministère des affaires civiques et de l’immigration ».

 

On peut opposer la proposition de Nicolas Sarkozy, formulée au singulier, et le ministère québécois « de l’immigration et des communautés culturelles ». Ce pluriel menace-t-il l’unité ? En 1991, une enquête donne la réponse : les Canadiens s’identifient d’abord comme Canadiens plutôt qu’à leurs groupes ethniques d’origine. A l’inverse, soumis à l’injonction d’intégration, nombre de jeunes Français accentuent par réaction leur origine et se revendiquent seulement « maliens » ou « algériens ». Autre différence notable : l’Ontario a également crée un commissaire à l’équité, dont le but est « d’éliminer les obstacles auxquels les nouveaux arrivants sont confrontés ». Ne faudrait-il pas également proposer en France la création d’un grand ministère de « l’identité nationale et de la lutte contre les discriminations » ?

 

Comment adapter la carte d’identité à l’identité à la carte ?

 

Quant au lien établi entre « identité nationale » et « immigration », là encore, c’est l’arrière plan idéologique qui pose problème. Juste avant de proposer le nom de ce nouveau ministère, le candidat Sarkozy évoquait dans la même phrase la limitation du regroupement familial et la lutte contre la délinquance des mineurs. Quelques jours plus tard, lors des affrontements de la Gare du Nord, on confondait à dessein immigration et insécurité. L’opposition simpliste entre la logique de responsabilité et la logique d’éthique interdit de penser l’immigration de manière pragmatique. Aucun camp n’envisage les immigrants comme des aiguillons de la croissance économique, comme les conditions de la réussite du pays.

 

L’immigration contemporaine, à l’ère des transports rapides et des technologies de communication, ne doit pas être pensée à la lumière des migrations européennes de la première moitié du XXe siècle. L’horizon des migrants s’étend désormais au-delà des frontières nationales. Le choix entre pays d’accueil et retour au pays est devenu caduque. Plutôt que de rentrer au pays, le jeune Français sénégalais vivant à Lille a le plus souvent comme projet de rejoindre un frère vivant à Londres ou à Montréal. Dans des familles devenues transnationales, les individus intègrent le monde dans leurs projets professionnels. Avoir plusieurs passeports permet d’aménager des intérêts dans plusieurs Etats. Cette nationalité fonctionnelle irait à l’encontre de l’allégeance affective réclamée par certains : «  La France , aimez-la ou quittez-la ».

 

Face à ces nouvelles réalités, émerge la demande d’une citoyenneté post-nationale, qui permettrait de disposer des droits politiques dans les territoires que l’on contribue à développer. Comment adapter la carte d’identité à l’identité à la carte que se composent les migrants au gré de leur parcours de vie ? Aucun des candidats à l’élection présidentielle n’a pris la mesure de la place qu’aurait pu tenir dans ces débats les populations et territoires à même de nous faire sortir de l’hexagonie, comme les Caraïbes qui, ainsi que le rappelle Daniel Maximin, « ont toujours montré que l’on peut bâtir une identité plus largement délimitée que la carte d’identité. » [2].

 

François Durpaire enseigne l’histoire nord-américaine à La Sorbonne et préside l’Institut des Diasporas Noires Francophones. Son dernier ouvrage, « France blanche colère noire » (chez Odile Jacob), compare la manière dont est gérée la diversité en France et en Amérique du Nord. Son prochain article, pour la revue Mouvements, porte sur l’émergence d’un « mouvement des droits civiques » à la française.

 

 

par François Durpaire publié dans : IDENTITE NATIONALE
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Samedi 31 mars 2007
  http://kalam-de-calligraphe.over-blog.com/article-6187370.html

"croire en les rêves comme si c'étaient des fenêtres

et les ouvrir grands

pour en faire des portes

à entrouvrir au jour naissant

pour entrevoir enfin

le caché dans l'apparent"

calligraphie arabe de Malik nounouhi

"Lever du drapeau"

une nouvelle à lire avant d'aller voter

Ce matin,
Tard dans la veille, quelque chose venue de dehors m'arracha au sommeil.
Debout, les yeux collés au matelas, je tentais de m'extraire d'une nuit tardive et d'atteindre la salle de bain mais le brouhaha venu de l'extérieur, me changea de parcours.

Mon premier réflexe fut de faire un saut rapide dans la chambre de ma fille; une fois dedans, sur la pointe des pieds je jeta un coup d'oeil de soulagement; elle dormait comme son papa, les yeux collés au matelas.
Je revins alors sur mes pas, doucement, pour pas éveiller en elle l'envie de se mettre debout à la verticale.

Dehors, toujours les mêmes bruits. Le même boucan!
Les gens semblaient pris de panique, on entendait des chaises bouger, des tables secouées des cris d'enfants, des paroles inaudibles, farfelues du style «passe moi le drapeau» «il est l'heure, mais ou tu la mis ce foutu drapeau » ou encore « je te l'avais pourtant dit il fallait en acheter un » et on entendait aussi des semblants de réponses, teintées de larmes du genre « mais il n'y en avait nulle part, j'ai pourtant cherché dans tous les magasins, ruptures de stock, m'ont dit tous les vendeurs . J'ai même été tenté d'en arracher un à la façade de la mairie, mais le regard du vigile m'en a rapidement dissuadé. »

Abasourdis par ce que je venais d'entendre, je ne comprenais rien à toutes ses histoires surréalistes, mais pourquoi nom d'un drapeau ces gens s'agitaient-ils comme ça à six heures du matin.
Et puis c'est quoi encore cette histoire de drapeau qui les unissait tous dans la même panique.

Peut-être, n'est-ce qu'un mauvais rêve finalement, un cauchemars qui date de la veille et dont je ne me suis pas encore acquitté.

L'idée me vint alors de réveiller ma femme, pour me mettre les idées au clair, pour fixer à deux, une fois pour toute certaines de ces peurs.
Mais elle semblait dormir d'un sommeil qui n'appelait en aucun cas au réveil, et comme son mari et sa fille, elle avait l'air aussi d'avoir les yeux collés au matelas .Tant pis. Je tends ma main tendrement vers sa tête pour ne pas trop l'arracher à ses rêves mais un bruit venant de l'extérieur, encore plus assourdissant que ceux d'avant me fit sortir de la chambre et courir à la fenêtre.

Mais que se passe t-il au juste en ce jour encore naissant et qui n'avait même pas encore quitté la veille qu'il se prenait déjà les pieds dans un présent agité?

En tirant un peu les rideaux de la fenêtre de la cuisine je laissais échapper mon regard à l'extérieur pour atterrir sur le trottoir d'en face où des gens en uniformes, un haut parleur à la main, la bouche tournée vers tous les bâtiments de la rue et la parole assourdissante collée aux oreilles des murs et fenêtres, ils étaient rangés en ligne droite et se tenaient prêt.
Et soudain, d'une voix unie à tout bout de champs, à tue tête il crièrent : «appel à tous!, appel à tous! lever du drapeaux!, six heures passées de deux minutes! Présentez vos drapeaux aux fenêtres ! Appel à tous!, appel à tous! lever du drapeau! ,six heures passées de trois minutes....»
Leurs pas sur la chaussée résonnaient comme des alignements militaires, on se serait cru dans un film de guerre.

Mais que se passe t-il en fin? Et à quoi rime tout ce bordel.
J'ai couru vers notre chambre à coucher, tant pis pour le sommeil apaisé de ma femme, il faut qu'on m'éclaircisse la pensée, qu'on me mette de l'ordre dans les idées.

Je me suis approché doucement d'elle et en lui caressant le front je tentais délicatement de la ramener au présent : « chérie réveilles toi! ».
«qu'est ce qui se passe? t'es pas encore couché ? me répondit-elle d'un air innocent.
Sans l'affoler et d'une voix aux apparences calmes par rapport à mon bouillonnement intérieur je lui ai dis « il est 6h du matin et il y a un de ces bordels dehors, je ne comprends rien, on dirait que la police cherche quelqu'un dans le quartier et puis tous nos voisins ont l'air de s'être réveiller du mauvais pie...
je n'ai pas eu le temps de finir ma phrase qu'elle fit un sursaut du lit pour se retrouver raide, debout, devant moi comme si elle était au garde à vous, les yeux grands ouverts et d'une voix sur-paniquée, elle me cria à la face : « t'as bien dis six heures ? »
« oui il me semble!, c'est ce que j'ai dis! , il est six heures du matin, pourquoi c'est important? »
«six heures! Oh, mon dieu ! J'avais complètement oublié! le drapeau ?, il est où le drapeau ? »
« mais quel drapeau chérie? » lui demandais-je d'une voix sucrée pour tenter de la calmer.
« voyons, le drapeau que je t'ai demandé d'acheter hier, le drapeau tricolore, enfin! »
« le drapeau tricolore!? Tiens ça c'est la meilleure, parce que tout le monde dehors a l'air de le chercher ton drapeau tricolore chérie, tu veux pas que je te chante la marseillaise aussi tant qu'on y est et puis depuis quand t'es devenue si nationaliste pour exiger un drapeau à six heures du matin! Là je rêve vraiment, c'est pas possible sinon, bon, je vais retourner me coucher, lui-dis-je à moitié en baillant, tant qu'à rêver il vaut mieux être allongé »
ma femme ne se laissa pas décourager par mes paroles et revint à la charge:

« mais ça va pas ou quoi, tu l'as mis ou le drapeau ? tu les entends pas dehors, t'entends pas les hauts parleurs qui crient au lever du drapeau, il faut te réveiller mon grand, on est en 2008, et en 2008 à six heures du mat c'est le lever du drapeau, à la fenêtre, à moins que tu veuilles qu'ils viennent taper à la porte dans 5 minutes et t'embarquer au poste pour te ficher dans leurs listes noires avec la mention « mauvaise identité française » toi qui n'as même pas encore ta nationalité. Est ce que tu sais au moins ce qu'ils font aux « mauvaises identités extérieures» oui c'est comme ça qu'ils appellent ceux qui n'ont que la carte de séjour, les étrangers quoi! tu sais ce qu'il leurs font, ils les fichent, ils les gardent au poste 96 heures et chaque étranger qui refuse de présenter le drapeau à la fenêtre il perd 5 points de citoyenneté et si tu perds tes 25 points, t'es plus un citoyen, alors bon vent et rentre chez toi! Mais attention! Tu rentres pas ici mais dans ton pays d'origine, et dans ce cas là t'as pensé à nous, qui vas s'occuper de ta fille et s'il te renvois dans le pays de tes parents comment tu vas t'en sortir la bas, toi, qui n'y a jamais vécu sauf un mois de temps en temps et en vacances comme un touriste.
Alors s'il te plaît, il est ou ce foutu drapeau que je le mette à la fenêtre avant qu'ils ne montent?

j'entendais ses mots qui m'arrivaient en berceuse, comme les histoires enfantines d'ogres et d'ogresses et de je ne sais quelle bête à 7 têtes que ma mère nous racontait quand on était petit et au fur et à mesure que l'histoire avance et qu'on a peur, on cherche dans le sommeil une fuite et on s'en dort paisiblement, et là ce fut exactement le cas, mes yeux étaient devenus lourds et je m'enfonçais petit à petit dans le lit quand ma femme revint encore de plus belle:
« eh ! réveilles toi »

Devancé par une colère sourde, je pris la main de ma femme et en la fixant d'un regard clair et net tentant de lui expliquer :
« Écoutes, je ne sais pas ou tu vas chercher tes histoires de drapeaux, d'identité, de garde à vue, mais moi je n'ai pas ton drapeau tricolore, alors qu'ils montent m'embarquer s'ils veulent et puis au diable les points de citoyenneté! des points de citoyenneté!? comme pour un permis mais t'as pété un plomb ma parole! »

Ma femme me jeta un regard que je ne lui connaissais pas, elle se tenait là, devant moi, les yeux pleins d'inquiétude, le regard rempli de questionnements, elle resta immobile un moment et fini par poser sa main sur mon épaule et d'une voix basse, douce, tendre et rassurante elle me dis :
« Mais de quel drapeau tu parles! chérie! Et qui doit monter te coffrer et puis c'est quoi ses histoires de citoyenneté! T'as fais un cauchemars c'est ça? Bon c'est pas tout ça mais c'est à mon tour d'y aller, t'as remarqué comment ils sont nombreux cette année, en 2002 il y avait moins de votants, je te pose la question alors que ta somnolé pendant une heure, bon jette un regard à la petite elle est juste là et t'endort pas sinon!!!!! oooh! Je vais chercher le drapeau!!!tu me racontera ton cauchemars tout à l'heure, allez à toute. »


Je n'ai pas dit un mot, j'ai juste lever les mains machinalement vers mes paupières, accompagnées d'un bâillement profond, j'ai fait un tour de tête de la salle du vote, et c'est vrai qu'il y avait plus de gens qui s'apprêtaient à voter par rapport à 2002, j'ai jeté un regard à ma fille qui tournait autour des poteaux de la fil d'attente et puis j'ai regardé ma femme se diriger tranquillement vers les urnes, un petit sourire m'échappa du coin de l'oeil et ma fille couru vers moi et sauta dans mes bras.

la volonté :
« Lorsqu'un peuple veut la vie
Force est au destin de répondre
Aux ténèbres de se dissiper
et aux chaînes de se rompre! »

Abou el kacem a Chabi

par Abd El Malik NOUNOUHI publié dans : IDENTITE NATIONALE
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Samedi 31 mars 2007

Sur l’identité nationale.

Comme vous le savez, l’important n’est pas de créer un Ministère de l’immigration ou un Préfet de l’identité. L’important est de définir l’identité nationale en phase avec la réalité Socio - politique et culturelle de la France d’aujourd’hui.

En effet, l’identité n’est pas une simple abstraction qui réduit la citoyenneté à une appartenance religieuse ou ethnique. Cette conception d’extrême droite, héritée de Guebls, reprise ensuite sous forme de la référence absolue à l’identité uniquement chrétienne de la France, de l’occident et de l’Europe, n’est pas juste.

L’identité c’est cette citoyenneté vivante et dynamique, dont la définition ouverte et authentique est la diversité, le métissage et la mixité.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, le fondateur de l’église Romaine d’occident, qui est la première référence de l’identité Chrétienne bornée de l’Europe et de la France, n’est autre que l’africain Saint –Augustin.

 Donc, l’identité de la France c’est cette diversité même, moderne et authentique à la fois qui, de Saint Augustin, à Maurice Audin, jusqu’ à Diams se nourrit de cette source inépuisable de richesse qui est « la migration ».

par Fouad Ahmine publié dans : IDENTITE NATIONALE
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Samedi 31 mars 2007
Sarkozy et Royal : le patriotisme, prélude à l'Europe
TF1/LCI Election présidentielle 2007 Un drapeau à la fenêtre d'une mairie
Crédit Photo : shx.hu 
Un drapeau à la fenêtre d'une mairie

Interview- Selon Lucien Jaume, directeur de recherche au CNRS, les deux candidats évoquent la patrie pour préparer les Français au débat sur l'Europe.

Une question capitale pour ces "deux Européens convaincus".

Propos recueillis par Matthieu DURAND - le 27/03/2007 - 15h13

 

LCI.fr : Nationalisme, patriotisme, immigration, identité nationale... en évoquant ces thèmes, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal font-ils le jeu du Front national, comme il leur est reproché ici et là ?

Lucien Jaume (1) : Concernant Nicolas Sarkozy, il faut partir du discours qu'il a prononcé le 15 mars à Nantes. Il a déclaré que la France est un pays d'immigration et que celle-ci ne saurait porter atteinte à l'identité française. Il a rappelé les fondamentaux de la République et de la Révolution française : la séparation entre le privé et le public, entre le religieux et le politique, la liberté d'opinion, l'éducation... Il a précisé qu'il est un "Français au sang mêlé", heureux de s'être intégré à la société française. Il a jugé positive la loi qui reconnaît la traite et l'esclavage comme des crimes contre l'humanité. Dans ce même discours, il s'est démarqué de la préférence nationale et de l'idée de la France aux Français, qui sont deux thèmes du Front national, mais aussi du racisme et de l'antisémitisme.

Ségolène Royal a pour sa part réexpliqué ce qu'est la Marseillaise et défendu la présence de drapeaux tricolores aux balcons. Depuis Jaurès, en passant par Mitterrand, ce patriotisme s'inscrit dans une tradition socialiste héritée de la Révolution française. Certes, il y a, chez les deux candidats, un côté provocateur : le drapeau chez Royal, le ministère de l'immigration et de l'identité nationale chez Sarkozy. Mais chacun rappelle dans un premier temps ce qu'est la France, à savoir que l'identité nationale, c'est un ensemble de valeurs et de principes républicains, pour pouvoir ensuite aborder la question de l'Europe.

LCI.fr : Que voulez-vous dire ?

L. J. : A mon avis, Sarkozy et Royal, qui sont deux Européens convaincus, préparent l'opinion française au moment d'explication sur l'Europe. Le "non" à la Constitution européenne pèse sur la conscience collective des Français. Aujourd'hui, la question est de savoir si nous voulons de l'Europe et quelle Europe nous voulons. Pour répondre à cela, il n'y a pas d'autre moyen que d'expliquer qu'on peut être Français, Européen et ouvert à la mondialisation.

LCI.fr : Pourquoi est-ce délicat d'aborder cette question du patriotisme en France ?

L. J. : Historiquement, c'est lié au régime de Vichy puis à la difficulté de penser à une Europe qui soit à la fois une et diversifiée. Il y a eu une culpabilité sur notre Histoire. Or, la repentance est un phénomène politique très dangereux. Nous avons besoin d'un bilan sérieux du colonialisme, du fait religieux, de la diversité... autant de thèmes qu'il faut enseigner à l'école.

Nous avons connu 15 à 17 constitutions dans notre Histoire quand les Britanniques et les Américains n'en ont connu qu'une. Chez eux, c'est le pouvoir judiciaire qui est le garant de la constitution et qui suit également l'évolution de la société. Prenez le film Philadelphia, ce sont un juge et un avocat qui sont la clé de la question homosexuelle aux Etats-Unis. Nous allons devoir nous rapprocher de ce modèle : on ne pourra gérer la diversité française que par de très bons juristes.

(1) Lucien Jaume est directeur de recherche au CNRS et enseignant à Sciences Po Paris

par Interview Lucien Jaume / CNRS publié dans : IDENTITE NATIONALE
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Samedi 31 mars 2007

Issus de l’immigration… et sarkozystes

http://www.politis.fr/Issus-de-l-immigration-et,712.html

PAR Clotilde Monteiro
jeudi 29 mars 2007
Des Français d’origine étrangère déclarent se sentir proches des idées du candidat de l’UMP, qui multiplie les signaux en direction de cet électorat négligé par le camp socialiste.

Devenir le président de tous les Français. Pour atteindre cet objectif ultime, Nicolas Sarkozy a besoin du vote des Français issus de l’immigration. L’ex-patron de la place Beauvau l’a compris de longue date en s’appropriant le champ déserté par les socialistes. Si le PS et Ségolène Royal persistent à négliger cette offre politique, le candidat de l’UMP n’a pas hésité à s’en emparer en s’adressant notamment aux musulmans, pour qui il a créé le Conseil français du culte musulman, ainsi qu’« aux minorités visibles qui veulent s’en sortir », en prenant fait et cause pour la discrimination positive. Si désormais certains de ces Français disent se retrouver dans le discours de Nicolas Sarkozy, l’image de rassembleur du candidat de l’UMP reste à parfaire. Au nom de la diversité, Nicolas Sarkozy a décidé de prendre la magistrate Rachida Dati comme porte-parole de campagne. Cette fille d’immigré marocain, incarnation parfaite de l’intégration méritante, travaille sans relâche pour permettre au candidat de renouer (au moins devant les caméras) avec ces jeunes des quartiers qui persistent à le rejeter.

Aux yeux de certaines personnes vivant dans ces « territoires de la République », que le candidat de l’UMP s’est donné pour objectif de « reconquérir », ce dernier demeure le responsable de l’embrasement sans précédent des banlieues à l’automne 2005 et de la mort des deux jeunes gens poursuivis par la police à Clichy-sous-Bois. Pour autant, Nicolas Sarkozy n’exclut pas d’arriver à séduire une part de ces Français issus de l’immigration avec son discours sur la discrimination positive, la récompense du mérite et du travail, en opposant notamment les jeunes qui veulent « s’en sortir » à ceux qui « empoisonnent la vie des autres ».

Tarek Mouadane, 26 ans, marche dans la combine avec Bleu blanc rouge, une association qu’il a créée en avril 2006 pour aider les jeunes d’Argenteuil à accéder à un emploi. Ce hardi banlieusard a su saisir la balle au bond en interpellant directement le ministre de l’Intérieur, ce fameux jour d’octobre 2005 où le patron de la place Beauvau en visite dans sa ville a qualifié les jeunes de la cité de « racaille ». Il s’est vu offrir un sacré coup de pouce par Nicolas Sarkozy, qui du tac au tac a mis ses réseaux à sa disposition. Tarek Mouadane dit n’avoir « aucune conviction politique » : « J’ai accepté de travailler avec lui parce qu’il est le seul homme politique à nous avoir répondu. » Tarek se défend de tout risque d’instrumentalisation. « Sur ce registre, je suis gagnant-gagnant, puisque c’est moi qui suis allé le chercher et que je continue à interpeller les autres candidats », précise-t-il. S’il avoue être en désaccord avec le comportement de la police face aux jeunes des quartiers, il approuve l’idée d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale « parce que tous les politiques sont passés à côté de la question, c’est pas plus mal d’avoir un seul guide ».

Slimane Haddadj, 44 ans, tient peu ou prou le même discours. Ce maître de conférences en économie, titulaire de plusieurs diplômes obtenus tout en travaillant sur les marchés, est un déçu du parti socialiste : « Le PS nous a instrumentalisés et a tué la notion de mérite. » Slimane Haddadj en veut beaucoup à la gauche de gouvernement d’être restée sourde aux problèmes des populations issues de l’immigration et de s’être contenté de porter sur celles-ci « un regard misérabiliste ». Il se qualifie aujourd’hui de « sarkozyste de gauche », et la France qui souffre est un de ses leitmotivs. « Le PS et la gauche en général ont tendance à oublier qu’une partie de cette France en souffrance est aussi composée de commerçants, de petits entrepreneurs, etc. » Slimane Haddadj dit avoir subi un électrochoc le 21 avril 2002 : « J’ai pris conscience qu’on ne pouvait pas continuer à ignorer les électeurs qui votent Le Pen, et le seul qui l’ait vraiment compris, c’est Nicolas Sarkozy. »

La sociologue Nacira Guénif-Souilamas observe que ces nouveaux sarkozystes sont les enfants et les petits-enfants de ceux à qui on a toujours refusé une forme de visibilité et de dignité. Selon elle, « pactiser avec l’ennemi traduit une forme de lassitude profonde ou la conscience aiguë pour les plus opportunistes d’être dans un marché concurrentiel ». « Mais c’est aussi la façon ultime de se "blanchir" et de se conformer au modèle universaliste républicain. C’est ce que j’appelle le phénomène de domestication » [1].

Pour Karim Amellal [2], si ce phénomène est remarquable dans le sens où un tabou a été levé, le vote à droite des Français issus de l’immigration reste « microscopique ». « La plupart de ces personnes voteront Sarkozy parce qu’elles sont soucieuses de payer moins d’impôts. » Les résultats du sondage Ifop qui vient d’être réalisé pour Jeune Afrique montrent que les Français d’origine africaine représentent 3,5 à 4 % de l’électorat français et seraient 57 % à avoir l’intention de voter pour Ségolène Royal au premier tour, suivie par François Bayrou, avec 19 % des intentions de vote. Nicolas Sarkozy plafonne, lui, à 11 %.

Notes

[1] Dans la République mise à nu par son immigration, La Fabrique, 2006, 224 p., 15 euros.

[2] Auteur de Discriminez-moi ! Enquête sur nos inégalités, Flammarion, 2005, 387 p., 20 euros.

[3] Dans la République mise à nu par son immigration, La Fabrique, 2006, 224 p., 15 euros.

par Clotilde Monteiro POLITIS publié dans : IDENTITE NATIONALE
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