Paris Maghreb Infos (un service de PlaNet DZ - www.planet-dz.com) lance le débat sur la présidentielle 2007.
L'objectif que nous poursuivons est de présenter et de clarifier les propositions des candidats en relation avec les préoccupations des franco-maghrébins : politique de la ville, lutte contre les discriminations, immigration, coopération avec le Maghreb, politiques de visas, paix au Moyen-Orient, identité nationale, ...

Nous souhaitons vous permettre de mieux apprécier les positions des candidats sur des questions qui nous paraissent essentielles et dont nous tiendrons compte pour nous déterminer.
Pour cela, nous accueillons toutes les informations, articles, réactions, commentaires, prises de positions sur les positionnements des candidats liés à nos préoccupations

 

Paris Maghreb Infos ne prendra bien sûr position en faveur d'aucun candidat. Nous veillerons cependant à présenter les positions des principaux candidats sur les thèmes que nous jugeons importants, quitte à les interpeller dans les prochains jours si leurs orientations ne sont pas clairement exposées.

Nous publierons dans 30 jours un tableau récapitulatif qui synthétisera les positions des principaux candidats sur les thèmes jugés prioritaires par les franco-maghrébins.

A VOS CLAVIERS

LE DEBAT EST OUVERT!
L'équipe de paris Maghreb Infos 

 

Mercredi 28 mars 2007

Royal et Bayrou, duo bien-pensant

Ivan Rioufol (irioufol@lefigaro.fr).
 Publié le 16 mars 2007
Actualisé le 16 mars 2007 : 09h12
 
 
 
 
 

Le Figaro
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Le bloc-notes d'Ivan Rioufol

 
Oui, Ségolène Royal et François Bayrou se ressemblent. Même autocontentement, même légèreté, même conformisme. Répliquant à Nicolas Sarkozy et à son projet de ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, elle s'est offusquée de « l'amalgame assez ignoble », tandis qu'il a vu, dans l'exhortation de Jacques Chirac, dimanche soir, à ne « composer jamais avec l'extrémisme », un « rappel à l'ordre » destiné à son présumé dauphin. Impeccable bien-pensisme.
 
Le problème est que les deux anciens « ouistes » s'entêtent à ne rien voir du malaise existentiel qui ronge le peuple. Leur refus de concevoir que l'arrivée massive de populations majoritairement musulmanes puisse avoir une incidence, dans trente ans, sur une nation de culture judéo-chrétienne, montre leur aveuglement. Émettre une réserve sur l'immigration serait parler comme Jean-Marie Le Pen. Toujours ce vieux disque rayé.
 
Un ministère de l'Intégration serait, sans doute, plus adéquat. Mais Sarkozy a raison de mettre l'identité au centre des débats. L'indifférence qu'elle suscite chez les élites a conforté la défiance des gens pour la politique. Dans la France métissée chantée par Royal, le Blanc n'a plus de place : est-ce cela, l'antiracisme ? Quant au respect de l'autre, récité par Bayrou, il ne peut être exigé du seul pays d'accueil.
 
Lorsque le mouvement Les Indigènes de la République assure : « Nous sommes ici chez nous, que l'on ait ou non la nationalité française, sans obligation de se fondre dans une quelconque identité majoritaire », faut-il que la France s'excuse et s'efface ? « J'y suis, j'y reste », affichent des mouvements de sans-papier. Mais leurs pays d'origine n'accepteraient pas une telle prétention d'Occidentaux à s'installer chez eux. La France n'est pas respectée, car elle ne se respecte plus.
 
Un élu communiste, André Gerin, député maire de Vénissieux, l'écrit cette semaine (Les Ghettos de la République, Éditions les quatre chemins) : « Ce qui m'inquiète à présent : tout ce qui est républicain est contesté et un sentiment anti-France se développe. » Il dit aussi : « Sont perceptibles les germes d'une guerre civile, je n'exagère pas. » Nos nombrilistes n'entendront pas. Mais serait-il interdit de tenter de prévenir le désastre qui vient ?
 
Le temps des exigences
 
N'en déplaise à Ségolène Royal et François Bayrou, l'identité française est menacée, et gravement. Menacée par l'école, qui a renoncé à transmettre une culture commune, alors même que le christianisme recule et que l'autorité de l'État vacille en se pliant aux repentances et autoflagellations exigées des minorités. Menacée par une immigration invitée, cette fois, à garder ses codes et ses moeurs, au nom de la diversité et du multiculturalisme, ce poison défendu par Jacques Chirac en 2003 (bloc-notes du 1/12/06).
 
Dans son remarquable discours de Caen, vendredi, Nicolas Sarkozy a fermé la porte à ce communautarisme dont on lui faisait procès : « La France c'est un art, c'est une culture, c'est une manière d'être et de penser. La France c'est la pensée claire, c'est la raison, c'est l'esprit des Lumières. C'est aussi deux mille ans de christianisme, deux mille ans de civilisation chrétienne. » Ce pays-là est ouvert à tous, pourvu d'en partager sa langue, son histoire et ses valeurs, comme l'ont fait, hier, tous les immigrés européens et, aujourd'hui, nombre de Maghrébins, Africains ou Turcs.
 
Or, quand Royal assure qu'elle « ne veut plus entendre parler d'intégration », dit ne pas se reconnaître dans la France des croisades et de l'Ancien Régime, flatte la rappeuse Diam's qui dénigre la « France profonde », elle participe au séparatisme ethnique. Sa vision d'une identité reposant sur « l'actualisation de l'idée de nation » invite à la surenchère des mémoires. Le choix de Bayrou de ne pas contrarier les cités, qui l'ont acclamé mardi, le pousse aux mêmes renoncements. Ils lui ont fait oublier, à Épinay-sur-Seine, d'évoquer Jean-Claude Irvoas, lynché en 2005.
 
Tous deux expliquent tenir aux banlieues un discours d'apaisement. Mais ce mot vient toujours justifier les capitulations. La France est en droit d'attendre l'allégeance à un code commun, si elle veut éviter la désintégration de l'Etat-nation. « Elle doit exiger qu'on em-brasse son éthique », disait Élie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France. C'est de cela qu'invite à débattre Sarkozy. Si Royal et Bayrou n'ont rien à dire, les électeurs pourraient s'en souvenir.
 
Intellectuels attendus
 
L'audace prêtée à Sarkozy est d'ailleurs à relativiser, tant la question identitaire habite les gens. Ce tabou est régulièrement traité ici même. Le choix du candidat de ne jamais citer l'islam dans son discours de Caen, qui lui était en partie consacré, a montré une réticence à parler trop clair. Son exclusion des clandestins du droit au logement opposable est bien la moindre des choses. Bref, ces indices modèrent sa détermination à affronter le politiquement correct. Il n'empêche : en donnant aux « valeurs non négociables » un premier contenu (l'héritage des Lumières, la démocratie, la laïcité, l'égalité homme-femme), Sarkozy ouvre une salutaire réflexion sur nous-mêmes. Les intellectuels, à droite comme à gauche, sont attendus.
 
Enseignant poursuivi
 
Christian Belmer, enseignant, a été suspendu de ses fonctions pour quatre mois, placé en garde à vue, poursuivi par son proviseur le 24 avril devant la justice du Havre, pour avoir notamment écrit sur un blog, sous un nom d'emprunt, une critique d'un tract en faveur de la Palestine distribué auprès des professeurs de son lycée : « C'est donc au sein même de l'Éducation nationale que l'idéologie anti-occidentale, pro-arabe et donc anti-judaïque s'exprime de la façon la plus ouverte et violente. » Où est le délit ?

 

 
 
par Ivan Rioufol publié dans : IDENTITE NATIONALE
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Mercredi 28 mars 2007

 

 

Libération : mercredi 28 mars 2007

 Pourquoi vous être emparée du thème de la Nation à ce moment précis de la campagne ?
Ce thème est par définition présent dans une campagne présidentielle, le candidat ou la candidate ayant pour vocation et ambition d'incarner la République, donc la Nation. Il est normal de pouvoir préciser sa vision des choses sur le sujet et sur la façon dont le lien national doit s'incarner. Le candidat de la droite a donné sa vision des choses, en proposant un ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration. Le candidat UDF, lui, se moque de tout cela. Il a tort. Il est tellement pris dans son filon ni droite ni gauche qu'on ne sait plus ce qu'il pense de rien et donc, pas davantage, de la Nation. Ce qui est d'ailleurs cohérent avec ses positions, puisqu'il n'a pas de programme et donc, ne dit rien. Quant au candidat du Front national, il confond nation et nationalisme. Il y a donc une vraie confrontation des points de vue. Pour moi, c'est très clair. Je suis une Européenne résolue. Je suis partisane d'une France ouverte au monde, internationaliste et généreuse et je considère que la Nation a un autre nom qui est celui de la République. La Nation telle que je la conçois ne demande pas aux gens d'où ils viennent, mais où ils veulent aller ensemble. Elle n'est pas fondée sur les racines, l'ethnie, que sais-je, mais sur une idée. Elle est une idée et c'est ce qui la distingue de ce qu'en ont fait nos adversaires.

 L'affirmation de la Nation est-elle compatible avec l'internationalisme de gauche ? 

 Evidemment, la gauche est internationaliste. Mais il faut donner une réassurance sur l'identité nationale, qui a besoin d'être consolidée au moment où les Français s'inquiètent de la dilution de la Nation dans la mondialisation. Jaurès lui même a réconcilié l'idée de Nation et celle d'internationalisme. Au point, d'ailleurs, d'en mourir ! La Nation, je vous le répète, n'est pas incompatible avec l'ouverture. Ni du côté du local, et je suis de ce point de vue la seule candidate à proposer une régionalisation. Ni de l'autre côté, avec le fait européen. Mais cet enjeu-là est considérable au moment où on observe une confusion des valeurs, une montée des désordres, un doute sur les marges de manoeuvre de la politique.

 Insister sur la nation, c'est nécessaire pour ramener à gauche les catégories populaires ? 

 Je ne fais pas de calcul. Je ne parle pas de la nation pour plaire à telle ou telle catégorie, il s'agit de convictions de longue date. Ministre de l'Enseignement scolaire, j'avais déjà mis l'éducation civique au brevet des collèges. J'ai toujours beaucoup travaillé sur cette question : qu'est-ce qui fait la France ? Je l'avais évoqué à Vitrolles, dans lors de ma déclaration de candidature. Puis lors de l'investiture. Ce n'est donc pas une question de tactique politique.

 Quelle importance attachez-vous à l'électorat populaire, dont la fuite avait causé la défaite de la gauche en 2002 ? 

 La mobilisation des catégories populaires est un des enjeux de cette élection. Non pas pour des motifs partisans mais parce que ces catégories se sont éloignées du vote et qu'il est essentiel pour la santé de notre démocratie qu'elles retrouvent la confiance dans la politique. La crise démocratique, et je suis la seule candidate à en avoir fait le diagnostic précis, a engendré un éloignement du vote, des votes de colère, un sentiment de ne plus compter pour rien, du repli sur soi. Ces sentiments frappent les catégories populaires, et maintenant les classes moyennes. C'est très dangereux : il peut y avoir soit une fuite vers l'individualisme, soit un repli vers des communautarismes et rejet des autres. Plus largement, les catégories populaires ont, comme les autres, besoin d'une réflexion sur l'identité nationale, d'une politique internationale digne de ce nom, de participer au débat sur la culture, l'énergie ou les enjeux de la santé Et je considère que c'est le devoir de la gauche de répondre à ces attentes des catégories populaires, tout comme à la fraction des classes moyennes qui aujourd'hui nourrissent un sentiment de déclassement.

 Quelle est votre position sur les régularisations de sans-papiers ? 

 Quand Nicolas Sarkozy a convoqué dans les préfectures tous les sans-papiers pour leur faire croire qu'ils auraient des papiers et qu'ils ont finalement été fichés, il a trompé les gens. Il est responsable d'une politique qui a grossi le nombre des étrangers sans papiers et pourtant non expulsables. Il a créé des zones de non droit. Aujourd'hui 26 000 parents d'élèves ne sont pas régularisés malgré les promesses et ne peuvent non plus être reconduits à la frontière. C'est scandaleux dans un Etat de droit, et inhumain. Pourquoi ce problème qui empire depuis plusieurs années n'a-t-il pas été réglé ? Pour ma part, je veux que l'ensemble de ces situations soient examinées sur la base de critères objectifs, et non pas de façon aléatoire ou statistique, avec le sens de la responsabilité et l'humanité nécessaire.

 Vos relations sont-elles apaisées avec les profs ? 

 Je n'ai jamais été fâchée avec les enseignants. Il y a eu la diffusion sur Internet de la fameuse vidéo, et on sait dans quelles conditions elle a été tournée et diffusée : je ne suis bien sûr pas d'accord avec ce type de méthode, car on doit pouvoir participer sereinement à des réunions de réflexion. Mais peu importe. Ce qui compte, ce sont les conditions de travail des enseignants et d'apprentissage des élèves. Les adolescents ont changé, et la formation des enseignants n'a pas suivi cette mutation. Je pense que les enseignants, qui sont gênés par l'accumulation des réformes de l'Education et qui ont un vrai sentiment de déclassement, ont d'abord besoin de reconnaissance. Mais s'ils regardent ce qui a été fait avec la gauche entre 1997 et 2002, et ce qui s'est passé depuis cinq ans, je pense qu'ils voient clairement la différence. Si je suis élue, la prochaine rentrée scolaire se fera en rétablissant les emplois supprimés. Une liberté pédagogique sera donnée aux équipes, des solutions apportées aux élèves décrocheurs qui perturbent les classes et des moyens seront donnés pour développer le travail en équipe.

 Concrètement, comment «desserrer» la carte scolaire, comme vous le préconisez ? 

 La question de la mixité scolaire se définit dans la politique de la ville, dans la politique de l'habitat et dans la politique urbaine. Ce n'est pas l'école qui doit porter seule la question de la mixité. C'est la politique de la ville qui, en amont, accompagne ou pas la mixité. Je souhaite répondre au voeu des parents d'un peu de souplesse dans la sectorisation.  

 

Les jeunes s'intéressent à la campagne mais restent sceptiques. Comment comptez-vous les convaincre de s'engager ? 

 Je pense que l'ampleur de la crise sociale, économique, écologique, culturelle est telle que le choix est clair. Le prochain scrutin doit leur permettre de choisir dans quelle France ils veulent vivre demain. Moi, je les invite à inventer la France dans laquelle nous allons vivre. A mener la bataille pour l'emploi des jeunes, l'amélioration de leur qualification, la reconnaissance de la France dans sa diversité, dans son métissage, contre toutes les formes de discrimination. Et je les appelle à participer au rééquilibrage entre les pays du Nord et du Sud, car ils ont compris que leur avenir dépendait aussi de la réduction des inégalités Nord-Sud.

 Suffit-il, pour la gauche, d'expliquer que Bayrou, c'est la droite ? 

 Non. Son «ni droite, ni gauche» masque l'immobilisme le plus absolu, le refus de dire clairement quelles sont les solutions qui seront apportées aux problèmes qui se posent au pays. Et l'immobilisme, c'est la poursuite de la situation actuelle dont les Français ne veulent plus. Pour ma part, j'explique dès maintenant comment je vais m'y prendre, et à quelles priorités je vais m'attaquer. Je suis persuadée que les choses vont se clarifier. Je ne veux pas que les Français soient privés d'un vrai choix entre deux visions clairement identifiées de l'avenir de la France.

 A propos de Nicolas Sarkozy, pensez-vous que l'on peut être élu président de la République si l'on ne peut aller en banlieue ? 

C'est difficile d'incarner l'unité de la Nation si certains espaces du territoire sont inaccessibles. Mais cela fait partie de la question de la responsabilité politique. La crise des banlieues a été très mal traitée. Depuis, rien n'a changé. Les choses se sont même dégradées. Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur jusqu'à lundi, il a quand même eu tous les pouvoirs entre les mains pour pouvoir régler cette question-là... C'est un échec sur toute la ligne. Et on ne voit pas davantage de solution, dans son programme présidentiel. Il n'est pas capable de résoudre ces problèmes. Il y a une rupture profonde de confiance entre les jeunes de ces quartiers et lui. Pour ma part, j'ai dit que les banlieues n'étaient pas un problème mais une part de la solution aux problèmes de la France, parce que je veux mobiliser tous les talents qui aujourd'hui n'ont pas les moyens de se révéler.

 

 

 

 

 

par Libération publié dans : IDENTITE NATIONALE
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Mercredi 28 mars 2007

En visite, le candidat UMP entend surfer sur la question identitaire.

Par Antoine GUIRAL

QUOTIDIEN : vendredi 23 mars 2007

Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) envoyé spécial

 

Commando électoral aux Antilles. Quelques semaines après Ségolène Royal et sept jours seulement avant François Bayrou, Nicolas Sarkozy sacrifie à ce rituel de la présidentielle qui veut qu'un candidat en vue effectue un périple éclair en Guadeloupe et en Martinique. Débarqué hier soir à Pointe-à-Pitre, le président de l'UMP a aussitôt tenu un meeting dans la commune des Abymes. Il devait à cette occasion réitérer ses principales propositions pour l'outre-mer : la création d'une zone franche globale (un territoire entier passe sous le régime de la zone franche en identifiant des secteurs prioritaires et en offrant des avantages fiscaux aux investisseurs) et l'approfondissement du système de défiscalisation pour les investissements outre-mer. Mais, au-delà, il veut surtout profiter de ce séjour pour surfer sur la question identitaire, très prégnante dans ces îles, et insister sur ses projets en matière de discrimination positive.

 

A un mois de la présidentielle, il est persuadé que c'est sur ces thématiques qu'il peut faire la différence. Localement , mais surtout auprès du million d'ultramarins de métropole (le ministère de l'Outre-Mer estime par ailleurs à trois millions le nombre de métropolitains aux origines d'outre-mer).

Depuis un an, le candidat a beaucoup ramé pour gommer les effets désastreux de la loi UMP de 2005 sur le «rôle positif» de la colonisation (abrogée). Il avait dû annuler un voyage aux Antilles en décembre 2005 avant de faire acte de contrition dans une lettre ouverte aux Antillais puis de se rendre sur place, en mars 2006, dans une relative indifférence. Il espère donc se refaire une virginité en promettant de lutter contre les discriminations dont sont victimes ces populations et en acceptant de répondre à nombre de revendications sur des sujets touchant à l'histoire (notamment l'esclavage) et à la culture.

En quête de crédibilité, Sarkozy s'est acoquiné avec le bouillant Patrick Karam, dont il a fait le président de la coordination de ses comités de soutien des originaires d'outre-mer. Ce Guadeloupéen de père libanais a le verbe haut. A la tête de ses comités (une centaine en métropole et une présence partout outre-mer, selon lui), il a formulé et présenté lundi au QG de l'UMP à Paris un ensemble de dix-huit propositions reprises pour la plupart par Sarkozy. Parmi elles, certaines apparaissent en parfaite contradiction avec l'affirmation maintes fois répétée ces derniers temps par le candidat-ministre de ne pas verser dans le communautarisme et la repentance.

La première proposition de Karam consiste en l' «instauration d'une journée de commémoration hexagonale de la mémoire des victimes de la traite et de l'esclavage en plus de celle de la commémoration de l'esclavage le 10 mai [décidée par Jacques Chirac, ndlr] ». Autres propositions : la création «au sein de la police nationale d'une police des discriminations», celle d'un préfet à l'égalité des chances pour les quatre DOM et les ultramarins de métropole, ou encore l'obligation pour chaque parti politique, via une dose de proportionnelle, de présenter des listes de candidats aux élections prenant en compte la «diversité de la population française». Le ministère de l' «Identité nationale» que Sarkozy entend jumeler avec celui de l'Immigration va avoir du pain sur la planche.

par Antoine Guiral, le Quotidien publié dans : IDENTITE NATIONALE
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Mercredi 28 mars 2007
Bonjour,

Les dernières sorties de Nicolas Sarkozy concernant son idée de "se battre" pour permettre à Le Pen de se présenter aux élections et sa proposition de créer un "ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale" nous semble une dérive qu'il faut pointer et dénoncer. 
Le texte suivant donne une idée des incohérences du ministre/candidat quant au respect des valeurs dont il se réclame. Il montre également que loin d'être une chose liée au passé, les identités relèvent du devenir. 
Dans un contexte politique particulièrement perturbé, les déclarations de Sarkozy ne sauraient nous laisser indifférents.
Je vous laisse juges de l'utilisation de ce texte.

Cordialement
Farouk Mansouri
Paris

 

 

Nos racines sont devant nous

 

Depuis qu’il est au gouvernement, Nicolas Sarkozy ne cesse de dire haut et fort qu’il est là pour combattre les idées de Jean-Marie Le Pen et pour réduire l’influence du Front National. Or, pour cela, il n’a pas craint d’adopter une stratégie « décomplexée » qui consiste à récupérer une partie de la thématique du FN.

Quelques jours à peine après avoir affirmé sa volonté de changement (et pour ce faire,il est allé jusqu’à se réclamer des figures emblématiques de la gauche !), le voilà depuis une semaine en train d’utiliser la langue et les idées du Front National ! Il est passé ainsi de l’idée de se battre pour permettre à Le Pen de se présenter aux élections, à la proposition de créer « un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale » s’il était élu, et ceci dès le mois de juillet.

Jouant l’étonnement face au tollé suscité par cette sortie, il assure « qu’il est des valeurs avec lesquelles nous ne transigerons jamais : la laïcité, l’égalité homme-femme, la République et la démocratie. »

Et pourtant, Nicolas Sarkozy est bien mal placé pour donner des leçons quant au respect des valeurs qu’il cite. Jugeons-en par ses actes :

La laïcité tout d’abord : comment ose-t-il s’en réclamer, alors qu’il n’a eu de cesse d’œuvrer pour le toilettage de la loi 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat ? N’est-il pas parti en Egypte chercher la caution des imams d’Al-Azhar pour la loi sur les signes religieux à l’école (loi pour laquelle il n’était pas d’accord) ? N’a-t-il pas  réussi à faire rentrer des islamistes au sein du CFCM ? Revenus au premier plan, ceux-ci ont par la suite attaqué la liberté de la presse pour une histoire de dessins puis, par la voix d’Eric Raoult, un proche de Sarkozy, proposé une loi pour réintroduire le délit de blasphème… Qu’on juge après cela du souci qu’a le candidat de l’UMP quant à la laïcité…

L’égalité homme-femme  : parlons-en ! Nicolas Sarkozy se targue de modernité, mais préfère payer avec son mouvement politique les amendes que la République prévoit pour ceux qui ne respectent pas la parité homme-femme au sein d’un parti politique. C’est déjà significatif. Quant à l’égalité des citoyens à l’intérieur de la société, prenons-le au mot : s’il est si avide de modernité et d’égalité entre les citoyens, que ne va-t-il au bout de ses exigences en proposant par exemple le droit au mariage pour les couples homosexuels ? Mais de ça, il n’est évidemment pas question : la modernité, il ne la pratique que dans les mots ; pour ce qui est des actes, c’est le conservatisme, la tradition et l’archaïsme qui prévalent.

Enfin, quand on voit de quelle manière il attaque les magistrats et la justice en général, dans le même temps qu’il cherche à monter les victimes contre les agents de cette justice, il y a de quoi se faire du souci pour l’avenir de la démocratie, et pour la séparation des pouvoirs, qui en est un des fondamentaux…

 Toujours à propos de la séparation des pouvoirs, pilier de la démocratie, que dire de liens qu’entretient Nicolas Sarkozy avec certains détenteurs de titres de presse ? Ces liens font peser un danger bien réel sur l’indépendance de nos médias : Sarkozy a déjà montré qu’il pouvait en user et en abuser. Cela va de  l’intervention  dans les choix éditoriaux de certains médias, aux propositions de personnes recrutées, en passant par les menaces à peines voilées contre les journaux  qui ne sont pas au pas (après Génestar de Paris-match, c’est Libération qui est dans le collimateur ) .

Une fois ce tableau dressé, il est intéressant de savoir ce qui a pu motiver cette association de termes « immigration » et « identité nationale ».

 Après avoir cultivé une vision clanique de la société opposant les uns contre les autres (un communautarisme qui entre d’ailleurs en complète contradiction avec les fondements de la République), notre homme poursuit sa politique commencée avec les deux lois sur l’immigration votées sous son égide, et  s’attaque aux plus démunis : les populations issues de l’immigration. En incluant, bien sûr, leurs enfants. C’est oublier au passage le fait que la majorité de ces derniers sont des Français, qui n’ont pour pays que La France…

Cette énième sortie sur l'immigration cache en fait le vrai problème qu’est la situation de cette partie de la population issue de l'immigration. Pour ne pas aborder frontalement les problèmes qui touchent les jeunes  des quartiers défavorisés (et au-delà, tous les habitants de ces quartiers), Sarkozy essaye de renvoyer ces jeunes à leurs origines ou aux origines de leurs parents. Cela revient, de fait, à les renvoyer à leur filiation. Il fait en sorte que cette dernière leur colle à la peau, pour affirmer qu'ils ne peuvent "s'intégrer" dans la société. Mais à cette filiation, il oppose une autre filiation qui, elle, est naturellement à sa place, et qui représente la « vraie » identité française. D'où, la phrase (et ses variantes) reprise par Sarkozy :« ceux qui méprisent la France, ceux qui la haïssent ne sont pas obligés de rester ». Dans son esprit, dans l’esprit d’individus comme De Villiers et  Le Pen, ce ne sont pas seulement les étrangers qui sont visés, mais aussi les enfants d'immigrés, lesquels sont, de fait, considérés comme étrangers. 

Le noeud du problème se trouve donc bien ici : on ne considère jamais ces gens comme des individus et des singularités, mais comme des groupes bien identifiés. D'où "l'objet de racisme", comme le faisait remarquer Jacques Rancière : l'objet de racisme, c'est « le témoin, le 'quasi-autre', celui qui n'est pas assez autre pour valoir comme autre figure du même ; celui qu'on ne peut pas renvoyer 'chez lui' parce qu'il est ici chez lui ... De là l'invention des 'seuils' au-delà desquels on ne peut plus accueillir la misère du monde ».

La nouveauté, c'est qu'avec Sarkozy et sa dernière sortie, ce n'est plus seulement les seuils mais la partie écrémée de ces seuils qui est visée.

Pour finir, il est urgent pour la gauche (dont une partie n’est exempte de reproches) de reprendre en main cette question afin de remettre en cause l'antagonisme  existant entre citoyenneté et nationalité, ceci afin de parvenir à casser cette logique d'identité, de filiation, de lignages  et de liens de sang qu'on cherche à nous faire adopter. 

Opposons à cela la pensée d'Elias Sanbar qui affirme que: "confondue en réalité avec la définition des origines, l'identité relève en réalité du devenir, que l'inquiétude identitaire n'advient que lorsque, individus ou groupes, nous nous trouvons confrontés à ce qui nous attend.
Loin d'être originelles, nos racines sont devant nous". 

Farouk Mansouri

par Farouk Mansouri publié dans : IDENTITE NATIONALE
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Lundi 26 mars 2007

Dans la France de l'après-21 avril, et alors qu'un tiers des Français se déclarent racistes, le débat public devait inéluctablement se focaliser sur "l'identité nationale".

Mais il faut une certaine mauvaise foi pour confondre les mots de Royal et ceux de Sarkozy. Avec "l'immigration subie" et le "ministère de l'identité nationale", Sarkozy prône un nationalisme exacerbé, une France fermée, voire ethno-centrée (voir ce qu'en dit Patrick Weil sur ce blog). D'ailleurs, puisque les mots sont importants ici, il est intéressant de noter que Sarkozy érige la maîtrise de la langue française en barrière et non en outil d'ouverture. La langue française devient une "condition au regroupement familial" (espèrons que les conjoints de nos expatriés ne seront pas expulsés de Chine ou de Côte d'Ivoire parce qu'ils parlent mal le mandarin ou le bété, ou que les 10% de Français illettrés dans notre pays ne deviendront pas apatrides). Avec Nicolas Sarkozy, les mots - les gros en particulier - peuvent coûter cher, puisqu'avec la loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (Lopsi) de 2003, le délit d'« outrage » au drapeau ou à l'hymne national est sanctionné par un emprisonnement de 6 mois et 7 500 euros d'amende.

Royal tient un discours radicalement différent et a très souvent parlé - une première pour un présidentiable - de "République métissée". Surtout, Sarkozy présente systèmatiquement le modèle français d'intégration comme "en panne", alors que Royal a plusieurs fois appelé à "ne plus distinguer les enfants de France selon qu'ils sont issus de l'immigration ou non".

Alors que Le Pen se rend en pélerinage républicain à Valmy et Sarkozy ordonne "La France, tu l'aimes ou tu la quittes", comment reprocher à la gauche de leur disputer les symboles qu'ils tentent, habilement, d'accaparer ou de détourner ? Face à l'acception exclusive du mot "Nation" employé par Sarkozy, Royal propose de revaloriser le projet de nation politique - en tant qu'avenir commun - en France.

Certes Ségolène Royal s'emballe un peu sur le "drapeau à la maison". Mais la France rassemblée autour de son équipe de foot "black-blanc-beur" en 1998 et 2006, qu'agitait-elle et que chantait-elle, des quartiers Nord de Marseille à la Rade de Brest, sinon des drapeaux tricolores et La Marseillaise ? Tous ces fils d'Arabes, de Béarnais, de Portugais et d'Alsaciens, tous maurrassiens ?

Le positionnement de l'extrême gauche, toujours prompte à blâmer le voisin socialiste plutôt que l'adversaire UMP, est étonnant. Bové, Besancenot sont "choqués". Laguiller - vous vous souvenez, celle qui n'appelait pas à voter contre Le Pen en 2002 - n'épargne pas non plus Royal. Au delà du lien intime entre la Marseillaise et la Révolution, il est étrange que les défenseurs de la diversité culturelle, et les nonistes zélateurs farouches du "modèle social français" (tous combats que je partage), il est étrange donc qu'ils critiquent la volonté de Royal de redonner à tous le bonheur d'être Français, alors que tant de citoyens se sentent oubliés.

Seule parole de bon sens, couverte par les cris d'orfraie, celle de Marie-George Buffet, qui a estimé, samedi 24 mars, lors d'un meeting à Nantes que ces "deux symboles appartiennent au peuple" et qu'"on ne va pas se les disputer comme des bouts de chiffon". 

Avis aux amateurs, je poursuis ce débat demain, mardi soir, chez Frédéric Taddéï sur France 3 dans Ce soir ou jamais. Et vous, vous avez quel drapeau à la maison ?

Mehdi Ouraoui.

par Mehdi Ouraoui. publié dans : IDENTITE NATIONALE
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